ACCORD POLITIQUE GLOBAL (APG): LE TEMPS SERAIT-IL A L’ORAGE AU TOGO ? (Sanfinna du 30 mars au 05 avril 2009)
30 03 2009

L’Accord politique global (APG) au Togo, dont on doit en grande partie le succès à la médiation de Blaise Compaoré, a été présenté à sa conclusion, comme le remède absolu pour les retrouvailles nationales. En même temps qu’on félicitait les protagonistes d’avoir pu se surpasser pour en arriver à un compromis qui permette au Togo de ressortir de tant d’années de crise, au Burkina Faso, cet accord était présenté comme un haut fait, un trophée de guerre. Mais voilà que depuis quelques mois, de façon persistante, des bruits courent sur l’apparition de brèches dans cet édifice de salut public. Quelles en sont les raisons et quelles pourraient en être les conséquences ?LES RAISONS DE CETTE SURCHAUFFE
La brouille qui semble poindre à l’horizon tient à des soupçons et à des mésintelligences découlant de plusieurs faits.
Il y a tout d’abord la question du Cadre permanent de dialogue et de concertation (CPDC), installé le 06 février 2009. Cette structure est composée de représentants du Gouvernement et des trois partis politiques constituant la Représentation nationale. Ce sont respectivement le RPT (au pouvoir) avec 50 députés, l’UFC (à l’opposition) avec 27 députés et le CAR (à l’opposition) avec 04 députés. Peu de temps après donc le lancement de la structure, l’UFC et le CAR s’émeuvent de ce que d’autres partis et organisations de la société civile aient été conviés par le Gouvernement, sans leur accord, à siéger dans la structure. Qu’importe pour ces partis que cette invite ait lieu après une recommandation du Comité de suivi de l’APG signé en août 2006 : pour Gilchrist Olympio et pour l’ancien premier Ministre Yawovi Agboyibo, il n’est pas question d’accepter cette entorse au principe fondateur du CPDC.
L’autre contestation est liée à la composition de la Commission électorale indépendante qui doit organiser et superviser la présidentielle de 2010. Les craintes de l’Opposition demeurent ici dans une volonté du pouvoir d’obtenir une surreprésentation via des partis et des structures de la société civile affiliés.
Un troisième point d’achoppement menace le bon fonctionnement du CPDC. Il semble, selon des rumeurs persistantes, que le Gouvernement aurait l’intention de renvoyer après les élections présidentielles, les réformes constitutionnelles et institutionnelles qui avaient été décidées dans le cadre de l’accord. L’intention prêtée ici au RPT serait de maintenir en l’état les dispositions légales et constitutionnelles invalidantes pour toute candidature de Gilchrist Olympio. Il s’agit en particulier des questions relatives à la résidence et à la nationalité. L’Opposition suspecte les ténors du pouvoir de vouloir même renforcer certaines de ces conditions en portant les délais de résidence à un an. Et alors que les suspicions et rumeurs vont bon train, il est même avancé, ce qui n’est vraiment pas pour calmer les esprits, la possibilité où l’on ne pourrait pas faire barrage aux réformes avant les élections de 2010, d’introduire dans la Constitution, une disposition limitative par rapport à l’âge pour être candidat et qui serait fixé à 70 ans pour exclure Gilchrist Olympio.
LES CONSEQUENCES PROBABLES
Deux situations peuvent découler de ces tensions persistantes selon qu’on en viendra ou pas à une solution.
Si la rupture est consommée, les deux parties recourront à leurs premières amours, le RPT fera jouer l’appareil de l’Etat pour maintenir ses positions, avec cette circonstance défavorable qu’aujourd’hui, l’environnement international a beaucoup évolué. Au Ghana, ce sont les amis de Gilchrist Olympio qui sont revenus au pouvoir ; en France, Jacques Chirac n’est plus aux affaires ; au Nigeria, Obasanjo a aussi fait ses malles ; au Gabon, Bongo a de plus en plus d’autres chats à fouetter ; enfin, aux USA, Barack Obama semble ne pas vouloir se prêter à certaines cotes mal taillées qui se chiffreraient en graves violations des droits de l’homme et de la démocratie. Alors, c’est peut-être mal barré, même si par ailleurs, les cohésions de toujours au sein des Forces armées ne semblent pas avoir été atteintes malgré le renouvellement des générations.
Ces circonstances, apparemment favorables à l’Opposition qui a gardé intacte sa capacité de mobilisation, pourraient buter sur la lassitude des Togolais à offrir leurs poitrines aux balles des militaires pour le changement, sur leur longue errance -à chaque fois que des troubles éclatent- à la recherche de pays d’accueil.
Les difficultés pourraient également venir à leur niveau parce que l’environnement a pourvu le Togo d’une amitié solide : celle du Burkina Faso et qui aurait d’autant plus intérêt à ne pas voir échouer l’Accord politique qu’il y puise un moyen de sa propre remontée en crédit au plan international. Chacun se tient donc, pourrait-on dire, par la barbichette.
Il s’agit ici du pouvoir d’Etat, de l’élection des élections qui pourrait amener l’UFC et le CAR, qui ont passé alliance, à rafler la mise et le RPT à perdre un pouvoir qu’il tenait depuis plusieurs décennies. L’acceptera-t-il sans contestation, sans remous en son propre sein ? C’est toute l’interrogation au cas où on en viendrait à cette deuxième solution.
Autant dire que c’est maintenant qu’il faut conjurer le mauvais œil et permettre que l’on n’en vienne pas à l’irréparable. Ce serait le retour aux violences d’hier dans ce pays et ce serait un camouflet pour la médiation burkinabé vis-à-vis de laquelle on aura finalement crié trop tôt victoire alors que bien de questions de fond n’auront été traitées que superficiellement.
Source: www.africatime.com
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