
Les travailleurs du secteur informel ont toujours été les exclus ou marginalisés de la croissance économique et sont condamnés à subvenir à leur propre existence. Les divers commerçants ou entrepreneurs qui composent ce secteur mènent leurs activités dans une relative anarchie caractérisée par l’absence d’une réglementation professionnelle et une protection juridique précise. Même si ce secteur donne une illusion d’autonomie il n’est que la résultante d’une disparité entre les formes d’exploitations et les revenus ce qui à son tour découle des nouvelles formes de pauvreté apparues à la fin des années 70 dans le monde.
Compte tenu de la baisse de l’économie togolaise le secteur informel est très hétérogène tant au niveau des activités que de leur mode d’organisation et comprend essentiellement les branches d’activités appartenant à l’artisanat, le commerce de gros et de détail, les marchands ambulants, les opérateurs ayant reçu une formation dans un centre professionnel ou par apprentissage auprès d’un patron ou d’un parent et qui exercent dans le secteur de l’artisanat,. Cependant il est à noter que ce secteur d’activité subit une mutation du fait de l’évolution de la société togolaise ce qui amène à l’émergence des activités dites nouvelles, c’est le cas des taxis motos, de la restauration rapide, de l’artisanat d’art et du petit commerce.Avec la crise qui s’est abattue sur le Togo depuis les années 90 on assiste à une paupérisation de la population qui se traduit par la diminution de la classe moyenne, la dépréciation du pouvoir d’achat, l’absence de l’épargne nationale, la faiblesse de la mobilité sociale et bien sûre le chômage. 
La population à majorité jeune faute de moyens se tourne vers le secteur informel pour développer son activité. Il est d’autant plus vrai que la politique économique et bancaire en vigueur limite fortement le développement des petits entrepreneurs du secteur informel .La naissance même de ce secteur est partiellement attribuée au fait que la réglementation officielle, la lourdeur administrative et l’absence d’une protection sociale et la bureaucratie sont aujourd’hui de nature à entraver l’accès aux ressources et au financement. Les prêts des institutions bancaires de la place sont conditionnés à des garanties quasi impossibles à fournir.
Chaque acteur ou intervenant de ce secteur essaie donc de mettre en place des systèmes individuels et même collectifs pour améliorer leurs conditions d’où la différence avec le secteur formel. L’absence d’une formation et d’une professionnalisation, d’un revenu conséquent sont les caractéristiques principales du secteur informel. On pourrait même le taxer de secteur par excellence du « système D ». Dans ce cadre la nouvelle activité, dont l’explosion a été remarquable depuis 1991 au Togo, est celle de taxi-moto, où sont utilisés plus de 12.000 conducteurs, couvrant l’espace urbain de Lomé, soit près de 100 km². La demande de transport urbain est couverte à plus de 58% par les taxi-motos. Les tarifs appliqués fluctuent en fonction des distances et du coût du carburant ; ils sont de 100 à 150 FCFA pour les petites distances et entre 200 et 400 FCFA pour les moyennes et longues distances.
A ces prix, les recettes journalières varient entre 2.000 et 2.500 FCFA et le revenu mensuel moyen avoisine 70.000 FCFA. S’agissant du système de taxation en vigueur, les conducteurs de taxi-motos sont soumis en théorie au paiement de l’impôt sur le revenu des transporteurs routiers (IRTR) au profit du budget de l’Etat. Mais dans la pratique il n’en est rien et il n’est pas rare d’assister à des courses poursuites dans les rues entre les agents d’impôts et conducteurs. Un secteur d’activité générateur de revenus qui échappent à la caisse de l’Etat. Par ailleurs le développement du secteur informel peut également s’expliquer par la détérioration du pouvoir d’achat des citadins qui se versent ainsi dans le petit commerce. Souvent pratiqué par les femmes, ce type de commerce consiste aujourd’hui la principale source de revenue bien que maigres des ménages togolais même s’il n’existe aucune ambition structuration et de modernisation de leur étalage. Même si dans la plupart des cas le petit entrepreneur s’auto emploie il existe quand même des employés dont les conditions de travail qui échappent au contrôle de l’Etat sont dans la précarité totale. Des pertes en cascades qui n’encouragent pas les efforts de redynamisation engagés par les autorités togolaises. Malgré des tentatives d’intégration des activités de ce secteur au circuit normal de l’économie togolaise sans résultats probants ce secteur échappe facilement au contrôle de la fiscalité et à la caisse de l’Etat et constituent un réel manque à gagner pour l’économie. Il devient donc nécessaire de confier l’animation et l’organisation de ce secteur à une structure légère et au statut souple.
UNE NOUVELLE DYNAMIQUE S’IMPOSE
Pour une meilleure contribution du secteur informel à l’économie nationale, il convient de formuler des actions en direction des opérateurs concernés. La première étape sera de maîtriser le secteur informel. Les autorités doivent reconnaître les activités de ce secteur ainsi que les syndicats qui en sont issus. Il est donc impérieux de procéder en premier plan à la réduction des charges fiscales et taxes, à la multiplication des subventions puis en second plan au renforcement des capacités organisationnelles et techniques des syndicats, à la mise en place d’une banque de données afin de favoriser les ambitions d’un entrepeuneuriat des branches entraînantes de l’économie togolaise. En définitive, l’économie informelle constitue un gisement financier de premier ordre auquel il convient de porter une attention soutenue. Le renforcement des organisations chargées des différents secteurs d’activité et la mise à leur disposition d’équipements adéquats favoriseront leurs contributions à la croissance économique.
Lola AKOMATSRI ( article paru dans TOGOMAG)
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