INTERVIEW DE MAMANE – HUMOURISTE ET CHONIQUEUR SUR RFI

extase-photo1-521.jpgMamane est un humoriste humoriste d’origine nigérenne. En début de carrière il participe à l’émission « On a tout essayé » sur France 2  , ce qui va le conduire surAfrica n°1  tous les matins où il présente le journal de Mamane qui est une revue satirique de l’actualité. Il est aujourd’hui chroniqueur sur RFI, Radio France Internationale. Je l’ai rencontré lors de son passage à Lomé au Togo à l’occasion du Festival Africa Rythme 2009.

Lola AKOMATSRI : Bonjour Mamane.

Mamane : Bonjour

extase-photo1-531.jpg L.A : Qui est Mamane ?

Ma : Mamane est citoyen du monde qui est né au Niger et qui a grandi un peu partout en Afrique et je suis actuellement en France depuis plus de 10 ans donc partout où je vais-je me sens chez moi, c’est ce que ça devrait être pour tout le monde. Que la où on est, là où on travaille là où on fonde sa famille bref que là où on fait son destin, que l’on s’y sente bien. Je suis partout chez moi en Afrique.

L.A : Votre parcours ?

Ma : Je suis parti terminer mes études en France en troisième cycle de physiologie végétale puis par un heureux hasard de la vie, j’ai débarqué sur une scène de comédie et ça m’a plu. Cela a bien marché d’entrée de jeux avec le public et sketch après sketch je me suis pas pris la tête. Mais franchement je n’en est jamais fait un plan de carrière, j’ai jamais rêver de d’être comédien, d’être une vedette.

Pour ainsi dire cela m’a emmené à des spectacles, à des chroniques notamment sur RFI. Je voyage beaucoup aussi, je travaille beaucoup. Mais cela me permet de passer des messages qui me tiennent à cœur et je suis heureux que le public adhère. C’est pour le public que je fais tout ça.

L.A : Comment vous est venue l’idée de créer  La République Très Très Démocratique du Gondwana ?

Ma : L’idée est venue du fait que tous les africains que nous sommes on est tous énervés de l’état dans lequel se trouve nos pays. L’état du service public, de la santé, de l’éducation. Pas d’électricité tout le temps, pas d’eau, les routes sont en mauvais états et il y a tout le temps des inondations…On est tous énervés de voir que même pour achever mes études de 3ième cycle que je sois obligé de quitter mon pays pour la France alors que mon pays est indépendant depuis 1960. Alors je me suis dit que dans mon spectacle faut que j’en parle que raconte un peu la vie d’un jeune africain,son avis sur la mondialisation,l’Etat de démocratie en Afrique,la politique de l’immigration et ayant eu cette tribune de faire une chronique sur RFI j’ai saisi l’opportunité pour mettre le doigt sur les tares de nos Etats et comme sur RFI je ne m‘adressait pas à un seul pays alors autant créer un pays imaginaire dans lequel se retrouverais tous les africains et tous les pays.

L.A : Qui est alors citoyen de La République Très Très Démocratique du Gondwana ?

Ma : Tout le monde. Bientôt avec RFI nous allons faire sortir des T-shirts avec des slogans comme : « Nous sommes tous des Gondwanais »… Quand je dis par exemple que le président fondateur porte des Rollex les gens vous diront quels sont les présidents concernés ! Le Gondwana c’est partout. C’est un pays qui subit toutes les dérives autoritaires. Prenons l’exemple de
la France où le président nomme tous ces copains à la tête des médias comme France Télévision…les médias sont contrôlés par des groupes privés qui sont les uns des marchands d’armes et les autres des directeurs de pseudo entreprises de BTP qui ont des marchés à l’étranger pour ne parler que de Boeing qui contrôle TF1, qui construit plein de palais présidentiels, des aéroports dans les plus grands pays dictatoriaux en Afrique, dans le monde. Voyez Lagardère qui contrôle aujourd’hui Paris-Match…Et tout ce beau monde ne dira jamais du mal de Sarkozy.

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L.A : Avez-vous des relations particulières avec certains dirigeants de l’Afrique je veux dire du Gondwana ?

Ma : Non je n’ai que des relations avec les Gondwanaises et Gondwanais. Là je suis au Togo l’accueil est chaleureux les gens m’encourage, des fans qui m’écrivent via mail et j’en reçoit une dizaine par jour, c’est très très gratifiant.

L.A : Est-ce que vous vous êtes déjà fait tirer les oreilles par certains dirigeants ? Ils ne vous en veulent pas ?

Ma : Non les dirigeants il y en a beaucoup qui viennent à Paris et qui demandent à voir Mamane. J’en ai rencontré aussi quelques uns par hasard qui m’ont encouragé. En fait ils sont comme nous pris individuellement. Il y en a qui sont désolés de la situation de l’Afrique et d’autres qui ne le sont pas du tout. Mais moi je continuerai avec mes chroniques du matin sur RFI et je ferai bien mon boulot. En gros je fais ça comme je l’ai dit au citoyen Lamda, au citoyen du monde.

L.A : Vous êtes dans le studio de RFI comment vous arrivez à trouver l’inspiration ?

Ma : Quand je suis ans le studio c’est que déjà tout a été fait, je n’ai plus qu’à passer au micro mais bien avant, les 24 heures qui précèdent j’ai déjà le sujet, qu’il soit exploitable, qu’il soit de l’actualité fraîche ou pas qu’il soit parlant à tous les auditeurs puis j’essaie de le décliner en trois ou quatre points qu’ils soient drôles et toujours dans ce cadre de
la République très très démocratique du Gondwana. Parfois cela prend une à deux heures parfois beaucoup plus cela dépend. Le matin quand j’arrive au studio je n’ai plus qu’à répéter mais

il peut arriver que 1heure et même 30 mn avant de passer à l’antenne je ne soit pas prêt ou que je ne soit pas content de ce que j’ai fait. C’est un exercice ardu qui nécessite une discipline de vie parce qu’une fois qu’une chronique est finie il faut penser à celle du lendemain. Mais j’ai mes auditeurs et c’est ce qui me donne la joie et la force de continuer.

extase-photo1-546.jpg L.A : Quelles sont vos relations avec vos fans ?

Ma : On s’écrit par mails je reçoit beaucoup de mails de mes auditeurs et je répond par respect pour eux parce que je sais ce qu’en Afrique c’est pas facile d’avoir la connexion.

L.A : Dites moi est ce que vous ne choquez pas parfois les français dans vos spectacles ?

Ma : Non je ne m’attaque pas à la France je m’insurge  plutôt contre les aspects de la politique de
la  France comme la politique de l’immigration qui choque n’importe quel africain et y en a même des français qui le sont. Que ce soit par les lois qui criminalisent les sans papiers n’ont commis aucun crimes à part qu’ils n’ont pas de papiers c’est tout. On ne peut pas empêcher un être de rechercher un meilleur sort dans la vie. Sinon je suis en France je suis bien là bas comme n’importe quel citoyen je n’ai rien à me reprocher je n’ai pas aimer la France ou la quitter ! Je travaille je respecte la loi comme devrais le faire tout citoyen, j’aime des côtés de la France et j’en aime moins certains. Quand je joue mon spectacle à Paris ou en province  les gens adhèrent à ce que je dis  c’est donc pour dire que l’humour est  le meilleur moyen pour mettre le doigt sur ce qui ne va pas.

L.A : Mamane n’est pas assez présent auprès de ses fans africains, pourquoi ?

Ma : Déjà je suis au Togo auprès de mes concitoyens gondwanais et mon désir le plus ardent est de venir très souvent jouer mon spectacle en Afrique mais cela ne dépend pas uniquement de moi parce que pour venir faire un spectacle en Afrique il faut avoir les organisateurs sur place, sérieux organisés et bien efficace. Et il faut déjà les trouver c’est vrai il y en a sur place, j’en ai  trouver à Lomé, y en a au Sénégal également en côte d‘ivoire où j’irai aussi faire mon spectacle. Petit à petit on construit les choses, faudrait qu’il y ai une sorte de panafricanisme du monde du spectacle et par de là c’est un appel que je lance aux africains de bien se structurer pour accueillir plus de spectacles.

L.A : L’humour pour faire changer les choses ?

Ma : Oui c’est l’un des rares domaines avec la musique qui éduquent vraiment.

Aujourd’hui la musique c’est devenu que du divertissement avec tout le côté entertainment ! On pense qu’il faut donner du pain et du jeu au peuple pour qu’il pense à autre chose que ce qui les concernent vraiment. Comme le dirait l’autre la politique c’est l’art d‘empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. Maintenant les politiciens transforment le divertissement en une sorte de diversion, ils anesthésient les gens pour pas qu’ils s’intéressent aux décisions politiques prisent pour eux. Et dans l’humour, on peut dénoncer des choses graves mais avec des tournures qui font rigoler les gens.

L.A : En ce 14 juillet que pensez-vous de la Françafrique ?

Ma : La Françafrique ce que j’en pense c’est ce que tout être français en penserais ! Ça ne fait que du mal à nous et aux citoyens français aussi puisque l’argent circule mais le citoyen africain n’en bénéficie pas et  les français non plus puisque l’aide vient mais il y a des hommes politiques qui les mettent sur leurs comptes personnels et il y a des rétro commissions qui repartent directement dans les poches de politiques français ou de partis politiques français. Ceci pour dire qu’il y a encore des gens qui confondent les caisses de l’Etat avec leur propre poche. C’est une sorte de syndicat du crime composé d’élites politiques africaines et françaises qui vivent sur le dos des citoyens africains et français. Pour l’instant les français eux ils ne le sentent pas vraiment puisqu’il y a des routes, des hôpitaux mais nous les africains nous le ressentons durement si on prend un pays comme le Niger qui est deuxième producteur monial d’Uranium et 32ième au niveau de l’indice de développement humain il y a de quoi se poser des questions.

L.A : En tant qu’africain vivant en France qu’est ce que Mamane pense de l’immigration choisi ?

Ma : Bah ! L’immigration choisi c’est un concept bidon !La France a toujours réagit comme ça, si on remonte depuis l’esclavage ; la colonisation, les travaux forcés jusqu’aux tirailleurs sénégalais et les ouvriers spécialisés qu’ils sont venus prendre en Afrique c’est la même chose et l’histoire est là pour en témoigner. Les relations entre la France et l’Afrique ne datent pas d’hier et Dieu seul sait qu’elles n’ont pas changées. C’est toujours l’exploitation des forces vives de l’Afrique pour le développement du monde occidental. L’Amérique a été crée et développé sur l’exploitation des Indiens et des Noirs avec la traite négrière et cela continue aujourd’hui.

L.A : Que pensez vous de la situation actuelle qui prévaut dans votre pays le Niger ?

Ma : J’en pense pas beaucoup de bien en tout cas, j’en ai même peur. Je ne sais pas où il va notre président, il y a des textes la Constitution qu’il faut respecter. Si la Constitution prévoit deux mandats il faut s’y conformer. Il dit que c’est la volonté du peuple mais c’est faux ! Le peuple s’est déjà exprimé au travers de la Constitution. Il a un bon bilan mais il est entrain de tout gâcher. Aujourd’hui il y a une certaine stabilité mais c’est indéniable il y a certaines choses qui ont été faites d’autres pas du tout et c’est normal. Mamadou Tandja est en train de nous mener vers la crise puisque la plupart de la population et des partis politiques sont vraiment contre cette décision.

L.A : Et de la situation politique au Togo ?

Ma : Je ne suis pas très au fait des arcanes politique chez vous au Togo mais je sais que les gens sont l’expectative, ils se demandent ce qui va se passer en 2010 chacun prie pour que tout ce passe bien. 

L.A : Le laboureur et ses enfants qui ressemble étrangement au cas Togolais. Confirmation ?

Ma : Je ne confirme rien du tout. J’ai fait la chronique du laboureur et ses enfants dans le cadre de
la République très très démocratique du Gondwana et le but justement de cette chronique c’est qu’il y a un code caché et le décryptent c’est très facile c’est tout le plaisir de l’écouter cette chronique mais aussi de l’écrire de mon côté. Il y a une certaine complicité et  c’est comme deux amis qui se parlent entre eux avec des signes des codes on se fait de petits clin d’œil parce qu’on est les seuls à comprendre. Et c’est ce qui fait le sel, la particularité de la République très très démocratique du Gondwana. Les Togolais se reconnaissent dedans les Congolais, les Maliens…aussi. C’est vrai que j’aurais pu appeler les noms ans ma chronique mais ça manquerais de cette subtilité, de cette légèreté qui fait le plaisir du décryptage. Tous les matins les gens se lèvent et ils essaient de s’approprier les personnages de ramener l’histoire racontée dans son contexte mais parfois aussi je mélange des faits qui sont passés dans des pays différents.

L.A : Est-ce que Mamane a déjà rêvé de ce succès ?

Ma : J’en est jamais rêvé, surtout avec ma formation de biologiste végétale ce n’était pas évident. J’ai jamais rêvé d’être sous les projecteurs, dans un média c’est ce qui fait que je prend tout ce qui m’arrive avec beaucoup de recule. Si ça s’arrête demain je ne regretterai rien mais je dirais que la vie continue.

L.A : Qu’est ce qui a changé dans votre vie après ?

Ma : Bah ce qui a changé je dirai rien mais c’est les autres qui me le diront. Je dirai aussi que maintenant en venant en  Afrique je ne peut plus sortir sans qu’un fan me reconnaisse. Mais ça fait toujours plaisir.

L.A : Mamane je vous remercie.

Ma : c’est moi qui vous remercie lola.

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