2ème tour de l’élection présidentielle au Sénégal: Un duel exclusif entre le maître et l’élève

L’ironie du sort a voulu que le prochain adversaire d’Abdoulaye Wadeau second tour de la présidentielle le 25 Mars prochain ne soit autre que son ancien premier Ministre Macky Sall. Lui qui a été politiquement « fait » par Wade saura-t-il défier son mentor? Se demandent beaucoup de sénégalais. L’élève dépassera-t-il le maître ?

Alors que le président sortant Abdoulaye Wade croyait remporter haut les mains l’élection dès le premier tour, il aura été démenti par le résultat des urnes. Il est talonné par Macky Sall, de l’alliance politique de l’opposition. Selon les premières estimations avancées par les médias, Wade aurait obtenu près de 34% des suffrages contre 26%, pour Macky Sall. Un résultat qui n’étonne pas, car en 30 années de militantisme politique Macky est devenu un élément incontournable sur l’échiquier politique sénégalais. L’issu de ce second tour ressemble plus à un duel entre deux hommes que l’histoire a réuni puis séparé et qui aujourd’hui s’affrontent pour le même fauteuil présidentiel.

Macky Sall, du statut de protégé de Wade au farouche opposant

En effet, Macky Sall n’a pas toujours été l’opposant du régime d’Abdoulaye. Il a débuté son militantisme politique au sein du Parti démocratique sénégalais (PDS), parti d’Abdoulaye Wade dans les années 80. Devenu très vite le protégé de Wade, il lui sera fidèle tout au long de son parcours politique au sein de l’opposition. Ils vivront ensemble les désillusions des élections présidentielles de 1988 et 1993, avant de finalement remporter ensemble, le scrutin de 2000 face au président sortant Abdou Diouf. Une fois au pouvoir, le président Abdoulaye Wade le récompensera largement. Il sera d’abord conseiller avant de faire son entré au gouvernement en 2001. Suit un parcours fulgurant qui le mène dans plusieurs ministères dont celui de l’Energie et de l’Hydraulique puis celui de l’Intérieur en 2003. Il atteindra le sommet de sa carrière politique aux côtés de Wade en 2004 avec le poste de Premier ministre entre 2004 après l’éviction d’Idrissa Seck de la Primature, puis il sera élu à la tête de l’Assemblée nationale en 2007. Mais les divergences débutent en 2008  lorsque Macky Sall convoque devant les députés pour une explication, Karim Wade, alors président de l’Agence nationale chargée des travaux pour un sommet islamique à Dakar en mars 2007. Le  numéro 2 du PDS, sera déchu de ses fonctions quelques mois plus tard. Il retournera sa veste  en créant son parti politique, l’Alliance pour la République et s’opposera depuis au régime de son ex mentor. Un courage politique qui aux yeux de beaucoup d’observateurs, lui a valu le suffrage des sénégalais. Mais pourra-t-il faire le poids face à Abdoulaye Wade et la grosse machine du PDS?

Les éléments qui peuvent faire pencher la balance

D’ores et déjà, Macky Sall part favori pour ce second tour de la présidentielle. Il a l’avantage de bien connaître les méthodes de campagne et de moyen de persuasion de Me Abdoulaye Wade pour avoir été son directeur de campagne en 2007. Il bénéficie également de l’adhésion populaire car les électeurs sont toujours friands des anciens caciques du pouvoir qui se sont reconvertis en opposants. En effet, depuis sa démission du PDS, il est porté en héro pour avoir défié Wade et demandé interpeller son fils sur sa gestion cavalière des deniers publics. C’est donc fort de cette renommée, qu’il a pu ratisser les nombreux mécontents du régime de Wade. Pour avoir été l’architecte d’une bonne partie du bilan de Wade, Macky Sall est crédité d’une majorité d’intention de vote et pourrait bien damer le pion à Abdoulaye Wade dans plusieurs de ses fiefs lors du deuxième tour. De plus, il enchaîne le soutien des responsables de l’opposition regroupés au sein du M23. Après Youssou Ndour qui a invité ses militants à voter pour lui, Macky vient de recevoir en fin de semaine deux appuis de taille qui peuvent bien faire pencher la balance en sa faveur. Il s’agit du leader de l’opposition, Moustapha Niasse,  venu en troisième position  avec 13% de voix puis de Idrissa Seck qui a su mettre de côté ses divergences avec celui qu’il a toujours considéré comme l’architecte de son éviction de la tête du gouvernement, pour s’unir contre Wade. Mais, il ne faut en aucun cas oublier que Abdoulaye Wade, candidat à sa propre succession, a l’avantage du pouvoir et de l’argent. En effet, pour ce second tour, Wade pourrait actionner sa stratégie d’achat de conscience des électeurs surtout dans les régions les plus reculées du Sénégal. Comme au premier tour, près d’un million d’électeurs dans les bastions de l’opposition  avaient été radiés du fichier électoral et le scénario pourrait se répéter. Mais le destin croisé pourrait plus porter préjudice à Macky Sall qu’à Abdoulaye Wade. En effet, pour une frange de la population sénégalaise, les divergences de bord politique ne peuvent en aucun cas rompre le pacte entre le mentor et son protégé. Ils soupçonnent un deal secret  entre les deux hommes pour se partager le pouvoir. Certains irréductibles du M23 iront jusqu’à parler d’un simulacre d’élection à cause de l’attitude détaché qu’a affiché Macky Sall vis-à-vis du mouvement tout au long de la période de campagne. Les scénarii vont bon train mais tous sont unanimes à s’opposer à un tour de force de Abdoulaye Wade. Et comme l’affirme Macky Sall, lui-même, « il est inacceptable que les tenants du régime profitent du sommeil des braves gens, des Sénégalais éprouvés par une rude journée, pour tenter de distiller des résultats sortis seulement de leur imagination ».

Lola Akomatsri

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