Grand Marché de Lomé : La misère des femmes portefaix

Il n’y a pas qu’aux femmes commerçantes à qui l’on doit jeter des fleurs pour leur courage. Il y a aussi celles qui dans l’ombre bataillent jusqu’à épuisement pour trouver leur pitance du jour. Au marché d’Adawlato, elles sont nombreuses ces femmes portefaix qui ploient sous de lourds fardeaux souvent contre une misère. 

une-femme-portefaix-au-marche-dadawlato-photo-arte-tv.jpg Communément appelées « agbantè », elles sont des centaines, ces femmes portefaix, acculées par la misère. Reconnaissables à leurs blouses bleues immatriculées au grand marché de Lomé, elles sont à l’affût d’un client surchargé pour lui venir en aide souvent contre 100 voire 300 Fcfa, selon la taille du colis à transporter.  De la tranche de 15 à 60 ans, les conditions de travail et de vie de ces femmes sont d’une précarité criarde. Mais  malgré la pénibilité de leur travail, personne ne se souci de leur bien-être ou encore de qui elles sont. Tout ce qui importe pour les clients, c’est le nombre de bagages qu’elles pourront porter. Seul leur dos a une valeur, tout comme des bêtes de somme.

C’est l’exemple de Da Adjo, 50 ans environ, pas plus haute que le mètre 50 qui, chargée d’une grande caisse de pagnes sur la tête et portant un tabouret du bras gauche,  gravite fébrilement les escaliers de l’immeuble principal du grand marché pour se rendre au 2ème  étage, quartier des Nana Benz. A l’issue de la course, elle en ressort déçue par la gratification de sa cliente. « Elle ne m’a remis que 200 Fcfa alors que

 j’ai eu à traverser tout le marché avec elle » lança-t-elle.  «Avec mon âge avancé et mon arthrose, ce travail n’est plus fait pour moi mais je ne peux pas arrêter car c’est grâce à cela que je prends soins de mes deux petits enfants orphelins de leur père» ajouta-t-elle.

Un métier qui en plus d’être harassant, ne nourrit pas son homme. « Je dois faire plusieurs aller-retour pour espérer m’en sortir avec 1000 Fcfa à la fin de la journée » affirme Blandine, une jeune portefaix, prenant sa pause au fond de l’espace situé au rez-de-chaussée de l’immeuble principal du marché, près des toilettes. En compagnie d’une dizaine de ses consœurs, elle raconte son calvaire.

Elle affirme avoir quitté Vogan en 2006 pour Lomé, la capitale, dans l’espoir de se trouver un travail d’aide ménagère pour pouvoir aider ses parents et son petit garçon resté au village. Mais désillusionnée par le chômage ambiant, elle s’est vite retrouvée tout d’abord au marché de Hédzranawoé comme portefaix. Mais là, affirme-t-elle, « nous étions trop nombreuses, tout le monde pouvait entrer dans le marché et offrir ses services comme portefaix. Alors, je suis venue au grand marché d’Adawlato puisqu’ici, nous sommes répertoriées et donc moins nombreuses. Le secteur est en quelques sortes réglementé».

Hormis ce semblant de réglementation assurée par les responsables de l’établissement public et autonome pour l’exploitation des marchés (EPAM), rien d’autre n’est fait pour améliorer le sort de ces femmes.  Le seul moment où elles espèrent faire de bonnes affaires c’est dans la soirée vers 17 heures, à la fermeture des deux (02) portes principales de l’immeuble du marché. A ce moment, elles sont sollicitées par les commerçants pour transporter les marchandises vers les magasins. A la nuit tombée, certaines squattent ces magasins tandis que les plus nanties louent  des  abris de fortune payés à 200f CFA la nuit. D’autre, pour joindre les deux bouts, se transforment en « belles de nuit » offrant leur corps souvent sans aucune protection. Une précarité qui rejaillit également sur leurs enfants qui, faute d’une scolarisation, deviennent à leur tour des portefaix.

Un véritable calvaire que vivent ces femmes portefaix sans que leur sort n’émeuve les autorités publiques notamment le gouvernement afin d’alléger leur souffrance.

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