Marché unique de la zone CEDEAO: Ce que la revendeuse de poissons fumés du Togo a à y gagner

La politique de redynamisation du commerce inter état constitue aujourd’hui la priorité de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Et la condition sine qua non à la réalisation de cette ambition est la mise en place d’un marché unique. Mais d’ores et déjà, les petits commerçants de la zone s’interrogent sur les retombés de cette ouverture du marché sous régional sur leur activité. Il s’agit notamment des transformatrices de poissons qui à coup sûr gagneront en profit mais seront aussi confrontées à des défis de modernisation et de compétitivité. 

Aujourd’hui, les exportations du Togo vers la sous-région de l’Afrique de l’ouest se portent assez bien. Entre 2000 et 2007, la part de la CEDEAO dans les exportations nationales est passée de 35% à 72%. Et parmi les produits qui ont fait l’objet d’exportations, le poisson fumé comme le chinchard, la sardinelle ou encore les anchois se retrouvent en bonne place.

Les transformatrices de poissons trouvent preneurs pour leurs poissons fumés auprès de trois (03) principaux pays membres de la CEDEAO notamment le Burkina Faso, le plus gros client ensuite le Ghana puis le Bénin et potentiellement le Nigéria. Qu’elle sera la valeur ajouté ou qu’est ce qui va changer avec l’instauration d’un marché unique se demandent beaucoup d’entres elles?

Mais avant toute chose, que doivent-elles comprendre par l’appellation « marché unique »?

Le marché unique ou la suppression des taxes douanières

Par marché unique ces femmes transformatrices devront entendre  la suppression totale des taxes douanières entre les pays membres de la CEDEAO au profit d’une seule taxe à l’importation pour le bloc des 15 Etats. Ce qui veut dire qu’elles devront payer non seulement une taxe douanière identique où qu’elles se trouvent dans la zone CEDEAO mais aussi unique que ce soit à l’importation des matières premières qu’à l’exportation des produits finis. Elles seront ensuite libres de faire passer leurs marchandises d’un pays à un autre sans aucune autre taxe. En claire, en cas d’effectivité du marché unique de la CEDEAO, fini les taxes de 5 à 10% du prix totale de la marchandise imposées à la frontière Aflao entre le Togo et le Ghana ou à Cinkassé à la frontière avec le Burkina Faso ou encore les perceptions illicites de  taxes sur les routes. Un nouveau tarif réglementaire unique sera fixé aussi bien pour la frontière du Togo avec le Bénin, le Burkina Faso et bien sûr le Ghana. Ensuite, elles seront exonérées de toutes taxes dans le convoiement de leurs cargaisons de poissons fumés aussi bien vers le marché de Dantokpa à Cotonou (Bénin) qu’à Maiduguri au Nigéria, le plus grand marché de poissons  fumés de la zone CEDEAO.

Le Togo étant toujours tributaire de près de 6000 tonnes en matière d’importations de produits halieutiques frais du Ghana ou encore du Sénégal, elles auront  tout de même à y gagner. Principalement, cela leur permettra de maîtriser les coûts de reviens des poissons fumés mais surtout de ne plus vendre à perte du fait des rackets des policiers lors du transport routier inter Etats. En effet, certaines revendeuses confient devoir verser aux policiers sur les routes 1500 F cfa par sacs de 50 Kg de poissons fumés. « Je fixe le prix du kilo de petits poissons fumés en fonction de pots de vin que je paye tout au long de mon trajet Lomé-Aflao au Ghana. Un jour mon convoie peut franchir 4 barrages, un autre, il s’en crée deux autres avec les mêmes règles vicieuses. Parfois, je suis obligée de vendre à perte car certains de mes clients sont intraitables même si je leur explique que j’ai dû faire face à des coûts supplémentaires » affirme Da Abla une transformatrice de poisson au village de Katanga, petite communauté de pêcheurs située dans la banlieue sud de Lomé. Mais avec le marché unique, les clients de Da Abla seront satisfaits par ses prix fixes mais surtout à la baisse.

Toutefois, cette ouverture du marché dans la zone CEDEAO devra pousser Da Abla comme ses consœurs, commerçantes de poissons fumés à se préparer à la concurrence des autres pays de la sous-région.

Le géant Nigéria aux aguets

Autant il sera facile et moins cher pour ces transformatrices de convoyer leurs poissons fumés vers les autres pays de la sous région, autant ces pays en feront de même au Togo. En effet, les transformatrices et commerçantes de poissons fumés au Togo devront s’attendre à une invasion de produits concurrents venant du Sénégal et du Ghana dont les secteurs de transformation sont en plein essor. Le Sénégal pourrait doubler sa capacité à l’exportation vers le Togo qui actuellement s’estime à environ 800 tonnes de même que le Ghana qui potentiellement pourra acheminer près de 10 000 tonnes. Mais c’est le géant du Nigéria qui menace véritablement le petit commerce des revendeuses de poissons fumées. En effet, avec le marché unique, le Nigéria trouvera une aubaine d’écouler vers la sous région dont le Togo ses produits qui se chiffrent à près de 40 000 tonnes de poissons fumés par an et provenant du vaste marché  de Maiduguri. Il est évident que les transformatrices togolaises de poissons dont le commerce pour la plupart  est à petite échelle se feront à coup sûr engloutir par le requin Nigérian. Elles sont doublement défavorisées par un patrimoine infrastructurel défavorisant et peu compétitif.

 

 

Un héritage infrastructurel défavorisant

Les femmes transformatrices de poissons fumés ont peu de chance de faire face à leurs concurrents de la sous région au vu de leurs productions annuels et des infrastructures de transports et d’acheminement des produits vers l’extérieur. En effet, le Togo reste très peu compétitif dans le secteur des industries de transformations agro-alimentaire. La production nationale peine à décoller entre autres à cause des tarifs d’électricité nettement plus cher par rapport à la moyenne régionale et un réseau routier en mauvais état. Jusqu’en 2010 à peine 30% des routes sont bitumées. Les principaux axes servant au commerce inter Etat notamment la nationale n°1 abritant le corridor Lomé-Ouagadougou ou encore la nationale n°2 le long du corridor Cotonou-Accra souffrent d’une défectuosité chronique.

Un gros boulet aux pieds que traînent les femmes transformatrices de poissons fumés et qui risquent de les maintenir loin derrière dans la marché vers l’intégration économique.

Lola Akomatsri

  

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