Scandaleuse insalubrité au cimetière de Bè-Kpota : Les ordures envahissent les tombes

Le cimetière de Bè Kpota envahi par les orduresLe cimetière de Bè-Kpota parfois appelé cimetière d’Adakpamé semble être devenu l’épicentre de rejet des ordures ménagères provenant des quartiers environnant de Bè, Kangnikopé, Nyékonakpoè, Hanoukopé, Lom-Nava et autres. Chaque jour, des charrettes et tracteurs de pré-collecte d’ordures ménagères font plusieurs navettes entre les dépotoirs intermédiaires de ces quartiers pour y aboutir. Résultat, toute la partie sud du cimetière est transformée en un  géant dépotoir à ciel ouvert. Une situation d’insalubrité qui vient  aggraver l’état de délabrement dans lequel végète le lieu.

Pourtant,  il ne s’agit pas d’un endroit abandonné. Le cimetière de Bè-Kpota est en activité.  Chaque weekend, on y assiste à des dizaines de processions funéraires.  Et les personnes qui s’y rendent,  soit pour  enterrer leur mort ou pour se recueillir sur la tombe de leur parent,  en ressortent choquées par l’insalubrité et l’odeur de putréfaction des détritus qui y règnent. « Je suis venu enterrer mon père, mais je suis scandalisé par la saleté des lieux. Pouvez-vous imaginer que nous avons dû enjamber des monticules d’ordures tout au long de notre trajet dans le cimetière. Comment est-ce que l’on peut laisser les choses se dégrader autant ? C’est intolérable que ce lieu sacré serve de dépotoirs » fulmine M. Attisso tout en se bouchant le nez. « La situation s’est empirée depuis la dernière fois que je suis venu au cimetière l’année dernière pour la Toussaint. Les ordures avancent de plus en plus. Si rien n’est fait,  toutes les tombes vont disparaître sous les tas d’ordures» affirme Kossi, un ami d’Attisso.

Une source proche des gardiens du cimetière confie que le mécontentement et la colère des familles des défunts va  crescendo. Selon ces informations, les populations menacent de retirer les corps de leurs défunts et certains ont déjà mis  leurs menaces à exécution. « Les tombes qui se situent à proximité du lieu de déversement des ordures sont en piteux états. Beaucoup sous le poids des ordures se cassent et s’enfoncent, dévoilant les cercueils à l’intérieur. Quand les familles voient cela, elles tempêtent et disent qu’elles préfèrent  aller enterrer leurs parents au village. En milieu d’année dernière,  plusieurs personnes sont venues ainsi déterrer leurs morts » affirme-t-elle.

En effet, l’envahissement des tombes par les ordures est principalement dû au fait que le cimetière de Bè-Kpota n’est pas clôturé pour pouvoir le délimiter du lieu de déversement.  

Un site de dépôt des ordures inutilisé à l’origine du problème

Théoriquement, les ordures ne sont pas sensées être déversées dans le cimetière, vu qu’il a été construit  à moins de 10 mètres derrière celui-ci, un site entièrement pavé et aménagé pour servir de dépôt des ordures ménagères. Un site qui a été construit depuis 2010 par la Mairie de Lomé dans le cadre du Projet Environnement Urbain de Lomé (PEUL) financé par l’Agence française de développement (AFD). Mais les portes de ce site restent hermétiquement fermées aux tracteurs et charrettes qui assurent la pré-collecte porte-à-porte, obligeant ces derniers à déverser leurs cuves juste derrière,  à côté du site où se trouve justement le cimetière. Et pour cause, il a été constaté des défauts et incompatibilités entre le plan de construction et la réalité sur le terrain. « Ce sont nous-mêmes les entreprises de pré-collecte qui avons boycotté le site aménagé,  car la Mairie ne nous a pas consulté avant de construire le lieu. Il a été construit des montoirs qui ne sont pas du tout adaptés aux engins que nous utilisons. Il est quasi impossible de déverser les ordures dans les bacs qui sont placés pour l’occasion car nos tracteurs glissent sur les montoirs dont les pentes sont hautes et raides. Alors nous n’avons d’autres choix que de déverser les ordures dans le cimetière » affirme un conducteur de tracteurs rencontré sur le lieu qui a requis l’anonymat. Des ordures qui sont enlevées et acheminées vers la décharge finale d’Agoè par la société Grand Travaux de Construction (GRATRAC) qui exploite le site depuis Décembre 2010 pour la Mairie de Lomé. Malgré  cela, les ordures persistent dans le cimetière et sont disséminées  par le vent et les eaux de pluies. L’intérieur dudit  site au lieu d’accueillir des  ordures est plutôt utilisé pour garer les camions bennes de la société GRATRAC.

En attendant, les déchets continuent  par élire domicile tout en menaçant d’exproprier les morts de leur dernière demeure.  

L’incivisme des riverains

Le site de dépôt des ordures et les entreprises de pré-collecte ne sont pas les seuls à être indexés comme responsables de l’insalubrité qui gangrène le cimetière de Bè-Kpota. Les riverains en sont également pour quelque chose. La plupart des ménages de la zone Bè Kpota, Adakpamé jettent leurs ordures directement dans le cimetière,  ceci malgré les interdictions des gardiens. « Lorsque nous voyons les femmes venir avec leur paniers d’ordures, nous leur opposons un refus catégorique mais puisque le cimetière n’est pas clôturé, elles nous contournent pour aller les jeter plus loin» déclare un des gardiens. Des propos corroborés par Navi, une vendeuse de boisson locale juste en face du cimetière qui déclare en faire de même. « C’est vrai que tous les ménages environnants y compris moi-même,  jetons les ordures  dans le cimetière surtout la nuit car le jour,  les gardiens refusent » confie-t-elle.

« Le cimetière est plein d’ordures, nous n’arrivons pas à les enlever car les allées sont devenues très serrées du fait qu’il y a plus de tombes que le cimetière ne peut en contenir normalement. Aucun de nos engins ne peut circuler pour le faire. Nous tentons des ramassages manuels sans grand résultat car il y en a trop (ndlr : les ordures) » affirme Kodjo qui plaide pour un mécanisme de fonds d’entretien du cimetière.

En effet, la gestion du cimetière génère assez de fonds pour entretenir le cimetière. Pour acheter une tombe au cimetière de Bè-Kpota, il faut débourser 64 000 FCFA en plus de 12 000 FCFA de quittance. Des fonds qui sont encaissés par la Société privée ANANDA qui a en charge la gestion du lieu depuis deux (02) ans.

 

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